Nos Lauréats 2019

MATTHIEU CHAZAL ET PATRICK WACK
ont été élus lauréats 2019 des Rencontres Photographiques des Amis du Musée Albert-Kahn
à la suite des Rencontres Photographiques des Amis du Musée Albert- Kahn qui ont eu lieu les vendredi 9 et samedi 10 novembre 2018.

La remise des prix a eu lieu le soir de l’avant première du festival des Promenades Photographiques le Mardi 21 mai 2019 à SPEOS,
8 Rue Jules Vallès, Paris 11.

« Les lauréats, comme l’a exprimé Christian Caujolle à l’issue du jury, proposent deux esthétiques différentes et abordent au fond tous deux la question fondamentale de l’évolution de nos sociétés en accord avec l’esprit Albert Kahn. »

MATTHIEU CHAZAL
Biographie
Photographe français indépendant, il est aussi diplômé en géographie, philosophie et journalisme. Ces trois disciplines sont des compagnes de route de ses investigations.
Il a travaillé 5 ans au journal Sud Ouest à Bordeaux et dans sa région. Après des reportages en Afrique de l’Ouest (Niger, Sénégal), il a réalisé en Turquie un travail documentaire sur différents groupes tsiganes, nomades et sédentaires. Il réalise depuis plusieurs années des séries de Chroniques en Europe de l’Est et au Moyen-Orient. Parallèlement, il réalise un projet documentaire sur la notion de ruralité en Charente. C’est sur ce territoire, où il a en partie grandit, qu’il e ectue son travail en chambre noire.

Série  « Orient – Chroniques »
Un territoire vaste et hétérogène : des Balkans au Caucase, de la Turquie à l’Iran, l’Irak, la Syrie. Une investigation au long cours qui tente de saisir sous forme de chroniques la pluralité des hommes, des modes de vie, des paysages.
Dans le chaos de la guerre syrienne, l’État islamique étend son pouvoir et exerce sa tyrannie pendant 4 ans, jetant des centaines de milliers de personnes sur les chemins de l’exil, en mer Egée et dans les Balkans. L’Europe et le Moyen-Orient sont alors de nouveau emportés dans un mouvement historique commun. Il nous faut réapprendre des mots tels que génocide, esclavage, décapitation… et les noms de peuples, Yézidis, Assyro-chaldéens, sortis d’un manuel d’anthropologie.
En ce début de XXI° siècle, la mondialisation promettait l’effacement des frontières, des limites, des normes. Pourtant, les identités ethniques et religieuses s’exaltent, les frontières deviennent murs ou barbelés, les territoires se redessinent. La Turquie se rappelle qu’elle fut l’Empire ottoman, l’Iran l’Empire perse et l’Etat islamique se souvient que la Syrie et l’Irak furent la terre des premiers califats. L’Europe semble muette, le dialogue des cultures inaudible.
En Irak et en Syrie, j’ai photographié des scènes brutales de l’immédiate n des combats ; dans les Balkans, la « crise migratoire ». Mais ces chroniques se construisent également loin des grands tumultes et des grandes métropoles : dans des villages et des villes de province, auprès de communautés aux rites et traditions multiples. Au travers de scènes de la vie quotidienne, ordinaire, modeste, j’essaie de constituer un récit non univoque dans lequel l’imaginaire peut se déployer.

PATRICK WACK
Biographie
Patrick Wack est né à Cannes (France) en 1979 et a grandi en banlieue parisienne. Après une carrière de sportif de haut niveau et des études universitaires qui l’ont conduit aux États-Unis et en Suède, il quitta un travail à Berlin pour poursuivre en Chine sa passion pour la photographie, ainsi que des ambitions de vie moins ordinaire.
Autodidacte, il a travaillé en Chine de 2006 à 2017 en tant que photographe indépendant dans les domaines de la photo éditoriale et commerciale. Patrick se concentre également sur des projets personnels de long terme qui mélangent la pratique documentaire traditionnelle avec une narration subjective et sensible. Son travail a notamment été publié dans le New York Times, Time magazine, Sunday Times, Geo, le WSJ, Monocle et Courrier International. Son travail personnel a été exposé à Shanghai, Pékin, Paris, Bordeaux, Montpellier, Berlin et Singapour. En 2018, le prix du public des Boutographies lui a été décerné ainsi que le PDN Award dans la catégorie projet personnel. Il est désormais basé à Berlin mais continue à travailler régulièrement en Asie.

Série « Out West »
Empruntant à la notion romantique de frontière américaine, synonyme d’exploration et d’expansion, le photographe Patrick Wack offre dans sa série Out West (« À l’Ouest ») le récit visuel de la région la plus occidentale de la Chine, le Xinjiang. Si l’Ouest américain fait venir à l’esprit des images de cowboys et de pionniers, de Manifest Destiny et de liberté individuelle, l’Ouest chinois reste encore à définir.
Le Xinjiang est un lieu de pluralités, de vastes paysages spectraux, de montagnes pierreuses et de lacs vivifiants, de constructions nouvelles et de gisements de pétroles, de structures abandonnées dans des villes en déclin. De foi pieuse et d’appels à la prière, de silence et de minorités calomniées, d’opportunités et de futurs incertains. C’est une terre à l’identité fluctuante. En substance, la région est une zine à part, et ce depuis des siècles. Représentant plus de deux fois la surface de la France avec une population moins élevée que celle de la ville de Shanghai, cette province reliait autrefois la Chine à l’Asie centrale et à l’Europe, puisqu’elle était la première étape de l’ancienne Route de la Soie. Elle reste pourtant physiquement, culturellement et politiquement différente, étrangère à la Chine moderne. Donnant l’impression d’espace in ni, elle déploie ses gracieuses écritures arabiques et ses paysages urbains remplis de mosquées, marquée par son caractère de région autonome et, bouillonnant sous tout cela, par sa relation délicate avec l’Est qui empiète sur elle, la domine et la surveille.
Pour l’ethnie majoritaire chinoise des Han, le Xinjiang représente la nouvelle frontière, qui doit être ranimée pour créer la nouvelle route de la soie de Pékin – Manifest Destiny à la chinoise –, par la promesse de prospérité que renferment les gisements de pétrole. Selon Patrick Wack, Out West raconte autant l’histoire d’une région que la sienne, la série formant un témoignage sur un lieu historique et contemporain autant qu’un voyage émotionnel, une réflexion intime sur ce que signifie lutter et sur ce pour quoi lutter. Il existe là-bas une fascination inhérente – qui est à la fois la clé et le complément de la Chine nouvelle. Le chant des sirènes résonne dans ce vaste infini, qui incite à l’introspection et au désir. Par son romantisme de la frontière, Out West montre le Xinjiang contemporain, à travers des images qui expriment le calme – et l’inquiétude – surréaliste de l’inconnu.
Out West permet une expérience du Xinjiang qui souligne son écart par rapport aux perceptions contemporaines de la Chine nouvelle, accentuant ses courants sous-jacents, sa tension et le mysticisme qu’elle a cultivé – dans leurs esprits comme dans les nôtres. Out West pose en somme une question de point de vue : qu’est-ce que l’Ouest sinon l’Est d’un autre ?

https://www.patrick-wack.com/