Aleksey MYAKISHEV

Yulia GRIGORYANTS
et
Julie FRANCHET

ont été élus lauréats 2020 des Rencontres Photographiques des Amis du Musée départemental Albert-Kahn

à la suite des Rencontres Photographiques des Amis du Musée départemental Albert- Kahn qui ont eu lieu les vendredi 8 et samedi 9 novembre 2019.

le Jury a eu Lieu le jeudi 12 Mars 2020

les choix des lauréats de cette nouvelle édition ouvrent l’horizon des bourses des Amis du musée départemental  Albert Kahn à l’international  et mettent  les femmes à l’honneur 

ALEKSEY MYAKISHEV
Biographie

Photographe russe indépendant, Aleksey Myakishev s’inscrit dans le courant de  la photographie humaniste. Autodidacte, il a appris la photographie en étudiant,du temps de l‘URSS à la bibliothèque municipale, des ouvrages sur la peinture. Un temps sous l’influence de Cartier-Bresson, il développe aujourd’hui un style photographique qui poursuit cette tradition de l’instant décisif, en y adjoignant une profonde empathie pour ses sujets. Ses projets photographiques au long cours dans les provinces russes, sont réalisés uniquement en argentique.

Né en 1971 à Kirov (Vyatka) en URSS. Journaliste professionnel depuis 1991. En 1999 il s’installe à Moscou. Ses travaux ont été publiés dans de multiples périodiques en Russie (Nesweek, Kommersant) et en Finlande (Helsingin Sanomat, APU, Talouselama), etc. Il a organisé une vingtaine d’expositions personnelles en Russie, Allemagne, France, Autriche, Canada, République Tchèque. En 2013 ses photographies ont été finalistes dans la catégorie Lifestyle du Sony World Award et exposés à Londres dans la maison Somerset. Publication en 2014, de son premier livre Vyatka. Il est ambassadeur Leica pour la Russie en 2018.

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Le nord russe

La connaissance consciente et la compréhension du nord Russe me sont apparues à la lecture d’un recueil d’histoires de Yuri Koval «Le bateau le plus léger au monde». Quand depuis la bruyante agitation de Moscou, tu te retrouves soudain dans un endroit où l’âme chante. Au fil des expériences tirées de mes différents séjours dans ces régions et la rencontre avec les gens qui les habitent, je me suis épris de ces lieux que Koval a décrits. La région de Vologda, la région de Kostroma, la région d’Arkhangelsk, la Carélie, les îles Solovki ne sont en fin de compte que des points géographiques nominaux qui fournissent des lignes directrices pour une meilleure compréhension du Nord russe. Les tirages photographiques – impressions du temps et de lieux – ne nous donnent qu’une petite idée des gens qui habitent ces régions. Au début de l’année 2011, je suis arrivé dans le petit village de Kolodozero en Carélie, et ma rencontre avec le prêtre de ce village Arkady a été l’inspiration de ma longue histoire avec le nord russe. Toute la tragédie et le bonheur de la vie d’Arkady m’ont convaincu que le nord peut t’entraîner et t’avaler sans laisser de traces. Après plusieurs années d’errance dans le nord-ouest de la Russie, je comprends que j’ai touché à un étonnant monde vierge de l’énigmatique âme russe.

https://alekseymyakishev.photoshelter.com/index

YULIA GRIGORYANTS
Biographie

Yulia Grigoryants est une photographe indépendante Arménienne vivant actuellement en France. Née en 1984 à Bakou, en Azerbaïdjan, elle a fui le pays en 1988 avec sa famille en raison de la violence contre la population arménienne, qui a été suivie d’une guerre à grande échelle au début des années 1990. Elle a grandi à une époque de changements politiques et sociaux importants pour l’Arménie et la région, avec la transition du système soviétique à l’indépendance, un tremblement de terre dévastateur, cinq ans de guerre et des années de difficultés socio-économiques. Yulia a été présélectionnée pour le prestigieux prix Sony World Photography et a remporté l’or au Prix de la Photographie Paris dans Press / Feature Story en 2017. Un an avant sa nomination aux Lucie Awards annuels et le prix du meilleur nouveau talent aux International Photography Awards (IPA) -CIS). Les œuvres de Yulia ont été exposées en France à la maison du Conseil de l’Europe, en Angleterre, en Russie, en Chine, à la Maison des Nations Unies en Arménie et publiées à l’international, notamment au Washington Post et à Al Jazeera.

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Cosmic Solitude est une exploration photographique de la solitude et de l’isolement, dans ce qui était probablement la plus grande station de recherche sur les rayons cosmiques à l’époque soviétique. Le projet documente la routine quotidienne banale des trois derniers employés de la station, située à 3300 mètres d’altitude dans les montagnes d’Arménie, où la neige recouvre le sol les deux tiers de l’année. L’isolement et la solitude sont ce que ces deux scientifiques et leur cuisinier vivent dans un endroit qui, autrefois, employait plus de 100 scientifiques et bourdonnait de vie. Chaque jour après le petit déjeuner, Karen Asatryan, 26 ans, retourne dans sa chambre pour vérifier sur son ordinateur que tous les capteurs de haute altitude mesurant les données du cosmos fonctionnent bien. Il est l’un des trois derniers employés travaillant à la station de recherche de rayons cosmiques à haute altitude sur les pentes du mont Aragats en Arménie

La station étudie les problèmes de physique des astroparticules, de connexions solaires-terrestres, de météorologie spatiale et de géophysique. Si tout va bien, il peut rester dans sa chambre et passer son temps sur les réseaux sociaux. En cas de dysfonctionnement d’un capteur, il descendra de neuf étages où se trouve l’un des nombreux laboratoires et le réparera.  Après la chute de l’Union soviétique et l’indépendance subséquente du pays en 1991, ce fut une période de changements politiques et sociaux importants pour le pays et la région. L’effondrement de la situation économique du pays, cinq ans de guerre et l’introduction de technologies pour remplacer le travail manuel ont créé des espaces industriels désolés, jadis florissants avec les employés. Ces espaces sont les conséquences symboliques et visuelles des conflits et des transitions économiques et politiques, conséquences largement invisibles et ignorées par le monde extérieur, mais qui sont la preuve vivante d’une époque révolue.  Ici, où la neige recouvre le sol les deux tiers de l’année, Artash Petrosyan, 70 ans, travaille comme cuisinier depuis 32 ans. Maintenant, il passe ses journées dans le bâtiment vide où il cuisine pour 3, au lieu de 100.

JULIE FRANCHET
Biographie

Julie Franchet est née en 1983 en banlieue parisienne et passe son enfance dans un petit village sarthois. Après une licence en Arts du Spectacle à l’Université de Caen (Basse Normandie), Julie quitte le monde du théâtre et du cinéma pour suivre des études de photographie en Belgique. Délaissant l’image animée pour l’image fixe, elle veut laisser à l’observateur la liberté d’imaginer son scénario, de réfléchir par lui-même à ce qui est. Intéressée par les problèmes sociétaux visibles (politiques, manifestations citoyennes, crise migratoire…) ou invisibles (psychologiques, moraux…), Julie voyage dans différents pays pour comprendre les maux de la vie quotidienne. Que ce soit de manière réaliste ou artistique, pour elle, la photographie est un moyen de raconter différents univers et de prolonger son point de vue sur ce que nous ne voyons pas, ou sur ce que nous oublions. En juin 2019 La série « Esprit de famille-la préférence du fils » a été primée par le jury du Grand Prix les Femmes s’exposent présidée par Jane Evelyn Atwood, marraine de l’édition 2019 du festival à Houlgate et sera exposée à Houlgate à partir du juin 2020. En septembre 2019,  Julie Franchet était Finaliste de la session 6 du Prix Mentor à Visa pour l’image. « Llorando » série en noir et blanc sur la présence absente a reçu une mention spéciale lors de la Foire Internationale de la Photographie à Bièvres en 2019 et exposé à la galerie HEGOA à Paris en janvier 2020. La série « Esprit de famille-la préférence du fils » Julie Franchet est une des 3 lauréats de l’édition 2020 des Rencontres Photographiques des Amis du Musée Albert-Kahn. Cette série va être exposé dans les jardins du Musée départemental Albert-Kahn à partir du 29 septembre 2020 à Boulogne-Billancourt avec les travaux deux lauréats de cette année.

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Esprit de Famille

Dans le sud du Caucase, l’Arménie est un pays d’un peu plus de 3 millions d’habitants, enclavé entre la Géorgie, l’Iran, la Turquie et l’Azerbaïdjan, ses deux frères ennemis. Dans un contexte de menaces permanentes, les Arméniens luttent pour la préservation de leur patrimoine, de leur histoire, de leurs Traditions. Dans le marz de Gegharkunik, région la plus pauvre d’Arménie, l’héritage est un moyen de survie. Dans cette société patriarcale, la composition de la famille détermine l’avenir. Le fils est considéré comme étant le seul à travailler pour la postérité de la maison paternelle, tandis que la fille s’engagera corps et âmes à soutenir sa future belle-famille. Cette différenciation entre les genres a des conséquences néfastes sur les femmes tant d’un point de vue psychologique que physique. En janvier 2019 la région de Gegharkunik a recensé la naissance de 111 garçons pour seulement 70 filles, (le ratio de natalité se situant autour de 105 garçons pour 100 filles). Malgré les efforts du gouvernement arménien, les avortements sélectifs ne diminuent pas puisque les mentalités ne changent pas. La préférence est toujours donnée à l’héritier .Les femmes ont le devoir de se marier et de donner naissance à un fils, au minimum. Accablées par les pressions sociales et familiales, venant très souvent de la belle-mère, elles obéissent à des lois morales qui vont au-delà de leur volonté et parfois même de leur santé. Dans la région de Gegharkunik, il n’est pas rare d’entendre des histoires de femmes mortes de septicémie suite à un avortement médicamenté. Toute femme a le droit de disposer de son corps, toute femme a le droit d’avorter et peu importe la raison, mais jusqu’à quel point ? Est-ce toujours par choix, ou est-ce par devoir ?

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http://www.juliefranchet.com